Le ministre Clerfayt, qui n'est pas un collègue de parti, a résumé cette semaine en commission économie du Parlement bruxellois à peu près tout ce que je pense de l'interminable flux de statistiques sur le chômage à Bruxelles. Ou presque tout.
Je crois plus que quiconque en une politique d'activation assertive. Tout le monde en profite. Mais le chômage à Bruxelles n'augmente pas plus qu'ailleurs. "À mal nommer les choses, on ajoute au malheur du monde", a cité le ministre Clerfayt, nul autre qu'Albert Camus.
Le manque de nuance, à répétition, crée un cadrage que tout le monde reprend sans critique. Le chômage à Bruxelles n'a pas augmenté plus rapidement au cours de l'année écoulée qu'en Flandre et en Wallonie. Il suit l'ensemble de la conjoncture économique européenne, le ralentissement économique dans tous nos pays voisins, avec l'Allemagne en tête. "Si Anvers était une ville…, et que nous comparions Bruxelles à Anvers, et non à la Flandre, cela donne au 1er septembre 2025 un taux de chômage de 15,1% à Bruxelles et 14,9% à Anvers."
"En comparant des pommes et des poires, on dresse les gens les uns contre les autres," je paraphrase Camus, avec un peu moins de talent littéraire. Il faut comparer les villes avec les villes — Anvers avec Bruxelles.
Mais j'ai quand même dit que Clerfayt résumait presque bien ce que je pense de ces chiffres. Les villes, Anvers et Bruxelles, font ce que les villes doivent faire : émanciper. Chaque jour, les villes mettent au travail des milliers de personnes via l'enseignement, la formation, l'accompagnement. Des personnes qui gravissent l'échelle sociale et déménagent souvent vers des logements abordables et plus spacieux dans la périphérie de la ville. Seulement, ces personnes disparaissent des statistiques lorsqu'elles échangent Bruxelles pour la périphérie flamande. Lorsqu'elles échangent la ville d'Anvers pour la province, elles améliorent également les statistiques flamandes. Nous devons comparer le taux d'activation et récompenser les villes pour ce qu'elles signifient pour notre pays : des machines d'émancipation. "Elles mettent l'ascenseur social en route", dirait le collègue Clerfayt.
Imane Belguenani
28 octobre 2025